Je doute donc je danse – Le Film

Faire du vertige du vide la matière première du mouvement.
Ce projet artistique, né d’une collaboration entre le danseur Antoine-Éric Sammartino et le réalisateur Jean-Charles Fritz, explore le doute comme une impulsion créatrice plutôt que comme une chute. À travers cinq variations chorégraphiques rythmées par les fragments musicaux de Sébastien Collinet, le film capte la genèse du mouvement, de l’hésitation du corps jusqu’à son plein déploiement sur scène. C’est une immersion sensible dans l’improvisation et l’instant présent, où chaque geste devient une manière d’habiter l’incertitude.


Le Solo

Si, dans son acception la plus large, la danse est mouvement, l’interrogation de départ a porté sur la genèse du mouvement dansé. Qu’est-ce qui préside à la création d’une pièce chorégraphique ? Quelle est l’étincelle créatrice qui précède son processus de création ? Est‑ce qu’il y a un temps zéro à ce processus ? Peut-on danser à partir du vide ?

Pour donner corps à ce questionnement, l’idée m’est donc venu de danser à partir du vide, ou plus précisément à partir du vertige qui nous saisit au bord du vide. Pour moi, ce vertige s’exprime à travers le doute qui précède l’action, voire la réflexion. La matière première, quoique informe, était là, à savoir danser mes doutes, mes doutes multiformes, uniquement mes doutes, tous mes doutes.

Il me fallait nommer mon projet de création pour commencer, me saisir d’un titre comme d’une étincelle créatrice, et pour cela je suis parti de la pensée première de Descartes : « Je doute donc je pense » qui précède la célèbre formule « Je pense donc je suis ».

Par analogie, « Je doute donc je danse » m’est apparu comme une réponse féconde au vertige du vide. Ainsi au commencement était le vide, se tenir au centre et créer à partir du vide, créer un mouvement dansé.

Ainsi, une pièce chorégraphique composée de cinq variations dubitatives a été élaborée selon un procédé alliant improvisations dansées et dialogue avec les propositions musicales du compositeur, musicien et bruiteur, Sébastien Collinet.

Les interrogations et questionnements entre mouvements dansés et fragments musicaux se déclinent donc à travers cinq variations dansées qui expriment autant de manifestations spécifiques du doute : Le doute, une tentative d’arrachement / Le doute, un drame mystérieux / Le doute créateur / Certitudes humaines / Le doute, une lutte inachevée.

La dramaturgie a été confiée à Isabelle Charaudeau, qui vient à la fois du monde de la danse et du théâtre, afin d’explorer l’articulation du sens et de la sensation, en questionnant les différentes variantes du doute et leurs traductions dansées.

Note d’intention

Dans Je doute donc je danse, j’ai voulu filmer le doute comme une matière en mouvement, quelque chose qui circule sous la peau, qui tremble dans les mains, qui hésite dans l’appui d’un pied avant de s’élancer. Le film naît au plus près du corps, dans ses fragments : une paume qui se contracte, des doigts qui cherchent, un souffle qui traverse, comme si chaque geste portait en lui une question sans réponse.

En remontant à la genèse du projet, il ne s’agissait pas seulement de raconter une création, mais de suivre une mise en corps du doute — sa lente infiltration, puis sa transformation. La relation avec la metteure en scène devient alors un espace d’échanges et d’écoute, un lieu où le mouvement se précise, où l’hésitation trouve une direction, un rythme, une densité.

Le montage épouse ces battements : il alterne, respire, vacille parfois, pour faire surgir une continuité organique entre les répétitions et la scène. Les extraits du spectacle ne sont pas des aboutissements, mais des prolongements — des débordements du corps hors de lui-même.

J’ai cherché à faire sentir que le doute n’est pas une chute, mais une impulsion. Qu’il plie le corps pour mieux le déployer. Qu’il inscrit dans les gestes une instabilité féconde, une danse fragile mais tenace. Le film devient alors un corps à son tour — traversé, tendu, vivant — où chaque mouvement est une manière d’habiter l’incertitude.

Jean-Charles Fritz

Le Film

Il s’agissait pour moi d’incarner mon état du moment en résonance avec mes doutes du moment. Pour cela, j’ai souhaité me situer dans la sensation, celle de l’instant présent, à travers la performance éphémère qui n’est jamais identique à elle-même, incertaine et variable comme mes doutes. Mon goût pour l’incertain m’a amené à m’emparer de l’improvisation chorégraphique comme médium d’expression dansée. L’improvisation s’inscrit pleinement dans le moment présent et rend compte de l’instant avec sa part d’imprévus.

C’est pourquoi, mon souhait a été de garder une trace du travail de répétitions et d’improvisations du solo. Et pour cela, j’ai demandé à Jean-Charles Fritz, réalisateur, scénariste et auteur, de filmer quelques-unes de nos répétitions afin de rendre compte à la fois de la genèse du solo et de son processus de création, ainsi que du travail de mise en état du danseur.

Ce film se présente sous la forme d’un objet artistique qui rend grâce à l’éphémère de cette création dansée.

Antoine-Eric Sammartino

Équipe

Direction artistique et danseur-interprète : Antoine-Eric Sammartino

Aide à la chorégraphie et dramaturgie : Isabelle Charaudeau

Création musicale et sonore : Sébastien Collinet

Complicité artistique : Cathy Testa

Réalisation : Jean-Charles Fritz

Pour plus d’informations :